Ludivine Bantigny : La révolution [ou comment se réapproprier la chose démocratique]

Ludivine Bantigny est historienne. Elle est intervenue, pour l’université populaire, dans le fil de la publication de Révolution, son ouvrage paru aux éditions Anamosa dans la collection « Le mot est faible », laquelle s’est donné pour but de recharger la signification d’un mot dont le sens s’est vu détourné par le pouvoir. Un public nombreux s’était déplacé, constitué majoritairement d’étudiants et d’enseignants mais également d’acteurs du mouvement social, notamment membres de la RATP ou de la SNCF, courageusement engagés dans la lutte autour de la question des retraites.

En préambule à son intervention, Ludivine a tenu à préciser qu’elle voulait non pas faire entendre un monologue mais construire un échange avec les personnes présentes en engageant avec elles une discussion autour du thème de la révolution. Puis elle a indiqué qu’il ne s’agissait évidemment pas, au travers de ce livre et de cette collection, de mener une action de hérarchisation autour de la signification du mot mais bien plutôt, par le rappel de ce qu’il peut vouloir dire, de le soustraire à l’emprise idéologique qui en a confisqué le sens.

Ludivine a ensuite introduit son intervention par un bref historique de ce mot de « révolution », précisant combien le sens de celui-ci avait pu évoluer, notamment dans le sillage des années 80 à partir desquelles l’ordre dominant a voulu l’affadir en dévoyant son imaginaire et en cassant sa dynamique. Elle a rappelé que la révolution s’inscrivait sur une double temporalité : courte, en ce qu’elle prend sens dans le fait du soulèvement ; et longue, parce qu’elle procède d’une évolution anthropologique qui se révèle au travers d’une réaffirmation individuelle et collective. Il est par là clair qu’une révolution ne peut être réductible à ses causes socio-économiques, et qu’elle est sous-tendue par un souci de reconnaissance morale et la prise de conscience d’une légitimité à intervenir dans le cours de l’histoire. Là où d’ordinaire elle ne se reconnaissait pas ou n’était pas reconnue comme apte à intervenir, une population, du fait de la transformation sur soi qu’opère le temps révolutionnaire, estime à juste titre qu’elle est en droit de prendre part au débat politique et de faire savoir à quel point elle entend signifier que le monde tel qu’il va ne va pas.

Plusieurs personnes ont alors pris la parole pour l’interroger, à partir de leur expérience et de leur approche personnelle de l’histoire et de l’actualité, sur le sens et la portée du mot de révolution. Les camarades du mouvement social, ainsi que les étudiantes et étudiants français et étrangers ou des membres du corps enseignant, sont tour à tour intervenus pour relancer la discussion et mettre au jour des points de vue singuliers sur le devenir révolutionnaire d’une société en souffrance.

Dans la continuité des interventions, et répondant à chacune, Ludivine a insisté sur l’importance de l’élaboration collective que pouvait constituer ce moment d’échange. Elle l’a placé dans la perspective d’une émancipation nécessairement impliquée dans le processus cherchant à se réapproprier la chose démocratique. Elle est ainsi revenue sur la nécessaire mise à disposition de lieux et de moments permettant une libération de la parole, et dont l’accessibilité pose un véritable problème en raison de leur captation par la logique marchande. Elle a par ailleurs fait valoir la nécessité de transformer les rapports de production, d’instaurer la prééminence d’un commun, notamment par le communalisme, en vue d’une véritable réappropriation de son devenir. Avant de souligner la nécessaire mise au jour des luttes en cours que tentent d’invisibiliser des médias déloyaux, justifiant que soit pointée l’urgence d’un rétablissement démocratique de l’information.

Ludivine a pour finir tenu à faire ressortir le fait que si la révolution opère dialectiquement par avancées et reculs successifs, elle n’en est pas moins porteuse d’expériences extrêmement fructueuses et propres à raviver des espérances parfois peut-être un peu assombries par ce qui peut paraître, au premier regard, des échecs. Car, comme l’a également souligné l’historienne, toute révolution est aussi, d’évidence, traversée d’affects et propre à métamorphoser les individus qui s’y trouvent engagés.

C’est sur ces dernières observations que s’est refermé ce moment d’échange éclairant, stimulant, par lequel chacune et chacun a pu mesurer, dans son mouvement même, en acte, toute l’importance de la prise de parole et de l’écoute dans le processus d’un arrachement aux affects tristes que nous impose ce qui domine aujourd’hui nos vies.

[Compte-Rendu de Alain Hobé]

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